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la Pomme d'Eve - Page 2

  • Le disque du jour: "South of Delia"

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    Richard Shindell est passé à la Pomme d'Ève le 4 septembre et je n'y étais pas. Je ne sais pas s'il a perdu quelque chose mais moi, oui, c'est sûr.

    Richard Shindell, je l'avais découvert en faisant fonctionner mon "browser" sur internet, et en particulier sur eMusic. Sur ce site de téléchargement, on trouve tout ce qu'on ne trouve pas ailleurs. N'y cherchez pas ce qui innonde les supermarchés (on peut quand même acheter le dernier McCartney). Ce site est parfaitement légal, c'est beaucoup moins cher que iTunes et c'est du vrai MP3. J'y ai donc acquis les 6 premiers albums solo de Shindell, ainsi que l'album "Cry, Cry, Cry", enregistré en trio avec 2 "folkeuses" de talent, Dar Williams et Lucy Kaplansky. Ce disque démontrait que Richard, l'un des songwriters les plus doués et les plus fins de sa génération savait aussi mettre en valeur le travail des autres au travers de quelques reprises de choix.

    "South of Delia" (merci à Hervé qui me l'a fait parvenir) est un album de reprises, exclusivement. Toutes les générations sont représentées. Des traditionnels: "Sitting on top of the world" et "Texas Rangers"; la Carter Family: "The storms are on the ocean"; Woody Guthrie: "Deportee (Plane wreck at Los Gatos)"; Bob Dylan: "Señor (Tales of Yankee Power)"; Bruce Springsteen: "Born in the U.S.A."; Peter Gabriel (plus surprenant): "Mercy Street"; The Band: "Acadian Driftwood"; 2 titres plus obscurs: "The humpback whale" et "Solo le pido a Dios" (Richard Shindell vit désormais en Argentine); et puis deux des plus grands jeunes talents sont à l'honneur: Jeffrey Foucault avec "Northbound 35" et Josh Ritter avec "Lawrence, KS". C'est d'ailleurs de ce dernier morceau qu'est extrait le titre de l'album.

    La qualité des invités est à la hauteur de celle du répertoire. Jugez-en plutôt: Richard lui-même chante (bien) et joue de beaucoup d'instruments à cordes (guitares, dulcimer, bouzouki...) ou non (claviers percussions...). Lucy Kaplansky et Eliza Gilkyson sont aux harmonies; Richard Thompson à la guitare; Tony Trischka au banjo; David Sancious aux claviers; Viktor Krauss (frère de la bluegrasswoman Alison Krauss) à la contrebasse; Larry Campbell à la pedal steel...

    Bref, ce disque est un vrai bonheur. Et si vous avez un doute, reportez-vous à la chronique publiée dans "Crossroads" par l'excellent Jacques-Eric Legarde (s'il passe par ici, il peut même faire un copier-coller en commentaire).

    En attendant, pour vous donner une idée du talent du personnage, écoutez "Reunion Hill", extrait de l'album du même nom, publié en 1997 (c'était le troisième album solo de l'artiste).

    Ensuite, vous aurez envie d'aller faire un tour chez Richard, vous pourrez y faire votre marché: commander les CD (ou les télécharger), découvrir les textes de "Master" Shindell.

     

  • Les yeux de l'immigrant

    ERIC ANDERSEN à la POMME D'ÈVE - 12 juillet 2007

    Qulques mois après notre dernière visite (précisément le 18 février pour Mark Erelli et Hayes Carll), nous retrouvions le temple de la culture et de la bière sud-africaines, la Pomme d'Ève. Avec une nouveauté, la présence de Calaure qui faisait baisser la moyenne d'âge du public composé majoritairement d'alertes quinquagénaires!

    Cette soirée se présentait sous les meilleurs auspices: la température était douce, le stationnement facile aux portes du Panthéon et les dernières timides larmes du ciel promettaient des lendemains ensoleillés.

    L'essentiel était cependant le programme, qui se résumait à un nom, celui non pas d'une star mais d'une légende du folk: ERIC ANDERSEN.

    Eric fut sans doute l'un des plus mésestimés du mouvement folk des sixties: trop gentil? pas assez politique et contestataire? trop troubadour? trop poète? Peu importent les causes, il n'a pas eu la gloire qu'auraient pu lui valoir ses 5 disques de l'époque chez Vanguard (et notamment les 2 versions de "'Bout Changes & Things").

    Personnellement, je ne l'ai découvert que beaucoup plus tard, vers le milieu des années 70. Auparavant, je ne connaissais vraiment de lui qu'un titre "Close The Door Lightly When You Go", interprété par Ian Matthews et par les Dillards. Mais quel titre!

    Aujourd'hui, Eric a 64 ans et une longue carrière derrière lui (son premier album, "Today is the Highway" date de 1965). Son dernier CD, qui vient de paraître, est un album de blues live, "Blue Rain", enregistré en 2006 en Norvège avec un groupe de ce pays, qui est celui des ses ancêtres.

    Quelques minutes d'attente au coin de la rue Laplace, soundcheck oblige. Le plaisir de retrouver Hervé et son sourire communicatif, le temps de régler quelques formalités (vous pouvez vous aussi adhérer à Acoustic in Paris) et la porte s'ouvrait vers le ventre musical de Paris.

    45b25ce2b993e52c75d653be2b06c2d9.jpgDeux gaillards en noir étaient sur la miniscule scène, en compagnie d'une jeune femme: Stan Noubard Pacha, Eric Andersen et sa jeune épouse, Inge. Ils semblaient là chez eux, Eric surtout qui plaçait à droite et à gauche différents objets: capodastre, médiator, verre d'eau,... La set-list était scotchée sur le vieux piano, invité permanent des lieux. Encore quelques minutes d'attente, Eric repart s'accouder au bar et, enfin (et à l'heure), Stan et Eric remontent sur scène. Hervé présente Stan, guitariste de blues et de talent et annonce celui que l'on ne présente plus. "Ce soir, l'ambiance sera sans doute plus blues que folk".

    C'est pourtant un classique du folk "The other side of this life" (de Fred Neil, le regretté mais immortel auteur de "Everybody's Talking") qui ouvre le programme (comme il ouvre le disque "Blue Rain Live"). Tout de suite, on se rend compte que les guitares seront reines. Les délicats arpèges d'Eric sont joliment enluminés par le jeu plus électrique de Stan qui se fend très vite dun solo. On remarque l'attention que porte Stan au jeu d'Eric. Quant à ce dernier, on devine qu'il laissera à son partenaire d'un soir toute la place que son talent mérite. Même ambiance sur le morceau suivant, "Trouble in Paris", extrait de "Ghosts upon the Road". C'est l'occasion d'évoquer Paris et l'attachement d'Eric à cette ville, et à ce lieu (Eric vient pour la troisième année consécutive). "Belgian Bar" est également extrait de "Ghosts" mais l'ambiance est différente, le jeu de guitare, quoiqu'acoustique, est plus rock. Les artistes sont chauds, les spectateurs aussi!

    C'est le moment de placer un blues: "The Blues Keep Fallin' Like The Rain" qui remonte à "Be True To You". Stan joue sur son terrain, et le démontre. Puis vient le tour de "Runaway", extrait de "Beat Avenue", et d'une reprise "Shame, Shame, Shame" de Jimmy Reed (titre présent sur "Blue Rain").31434a1c0476b031518c995d3c4be386.jpg

    Eric nout redit son plaisir d'être là, nous répète à quel point il se sent "at home" à la Pomme d'Ève, avec un public de vrais passionnés. Nulle flagornerie dans ces propos: le plaisir se lit dans les yeux de ce grand jeune homme, un peu gauche, de 64 ans.

    Eric passe au piano, il faut déplacer quelques objets sur la petite scène, passer le fil du micro. Eric évoque Fred Neil (je n'ai pas bien saisi ses propos) pour introduire le morceau suivant: "Don't It Make You Wanna Sing The Blues". Tout un programme. Stan tente bien de placer quelques notes, mais laisse finalement Eric se débrouiller seul avec son piano. C'est le retour à la guitare et à un autre blues, annoncé comme un "old barnayard song", "Blue Rockin' Chair" extrait de "Beat Avenue" comme le dernier morceau du premier set, "Before Everything Changed".

    Eric annonce le break, chacun peut aller boire un coup, éventuellement acheter quelques CD (il s'émerveille du fait que son public connaît mieux ses disques que lui) et annonce un invité surprise pour la seconde partie. En fait, beaucoup avaient deviné que l'invité serait une invitée.

    ba4e38be89ed51aafcf27195c1e77742.jpgC'est en effet à trois que le programme se poursuit. Inge a rejoint sur scène celui qu'elle a épousé récemment.

    Pour moi, voir et entendre Eric était un rêve. J'avais un autre rêve, qu'il interprète "Close The Door Lightly When You Go", une de mes chansons favorites, toutes époques et tous interprètes confondus (au même titre que "Blue Umbrella" de John Prine ou "Vincent" de Don McLean). J'avais oublié que Mr. Andersen interprétait également "Last Thing On My Mind" de Tom Paxton (il l'avait enregistrée sur le premier album en trio avec Rick Danko et Jonas Fjeld). Et c'est par cette merveilleuse ballade, qui est également au sommet de mon hit-parade personnel, qu'il a attaqué le second set. Inge plaçait ses harmonies sans être envahissante, Stan démontrait joliment qu'il était bien plus qu'un bluesman. Bref, la suite s'annonçait belle.

    Que dire alors quand survinrent les premières notes de "Close The Door...". Cette chanson d'amour perdu remonte à 1966 et à "'Bout Changes & Things" et elle opère toujours sur moi le même effet magique. Tout autre commentaire serait superfétatoire.

    Viennent ensuite deux titres plus "rhytmés": "Foghorn" (de "Memory of the Future") et "One More Shot" (de "Danko / Fjeld / Andersen"). Ce titre, inspiré par l'histoire de Frank & Jesse James, assez violent dans son interprétation, a été écrit par Paul Kennerley, monsieur Emmylou Harris. Il figurait à l'origine sur l'opéra-country "The Legend of Jesse James" de Paul Kennerley, paru en 1980, avec au générique Levon Helm du Band (qui chantait "One More Shot"), Johnny Cash, Emmylou Harris, Charlie Daniels, Rodney Crowell, Rosanne Cash, Albert Lee... En présentant ce morceau, Eric a évoqué 2 truands américains d'aujourd'hui, bien moins sympathiques: George Bush et Dick Chenney.

    Retour au piano pour un "Blue River" d'anthologie. Ce titre, qui a donné son nom à un album en 1972 fut également repris sur "Danko / Fjeld / Andersen"). "Parfois, au piano, je me prends pour Ray Charles", dit Eric avant d'annoncer le morceau suivant (toujours au piano) "Driftin' Away", co-écrit avec son regretté ami (et Norvégien d'origine comme lui) Rick Danko (titre tiré du premier album du trio précité).a2c81156dc80220029d05b5250548866.jpg

    Tonalité différente ensuite et ambiance Velvet Underground avec "You Can't Relive The Past" (de l'album du même nom), co-écrit avec Lou Reed. C'est l'occasion d'un échange avec le public et d'évoquer le passage de Lou à Paris pour jouer sur scène son spectacle "Berlin" (25 personnes présentes sur la scène, donc peu de chance de le voir à La Pomme!). Les guitares sont plus lourdes... Et nos trois artistes, fatigués, quittent la scène... et ne se font pas trop prier pour un rappel, un grand sourire sur le visage.

    C'est d'abord "Woman She Was Gentle", primitivement publié sur "Be True To You" en 1975 mais d'abord enregistré pour "Stages", l'album perdu (il faudra que je vous narre l'histoire tragique de ce disque) en 1972 avec la voix de Joan Baez. La magie est toujours là, et ne faiblit pas pour le dernier titre, le superbe "Moonchild River Song" (de "Be True To You" et "Stages").

    Dernier titre? Pas tout à fait... Les trois se font prier un peu plus longtemps, boivent un verre, et reviennent pour "Thirsty Boots", l'un des classiques indémodables d'Eric Andersen (sur "'Bout Changes & Things" à l'origine), toujours une grand claque plus de 40 ans après.

    C'est l'heure de se quitter. Les spectateurs disent merci à l'Artiste. L'Artiste, modeste toujours, dit merci à "son" public (mais aussi à Hervé, à George, à la technique...), chacun, individuellement a un petit mot en passant. Inge regarde son grand homme avec amour.

    Avez-vous compris que j'avais passé une belle soirée? J'ai vu et entendu une légende qui restait humble, un homme heureux de partager sa passion. J'ai découvert Stan Noubard Pacha, un guitariste que je ne connaissais pas et qui tout au long de la soirée à démontré sa capacité à s'adapter en permanence à quelqu'un avec qui il ne joue pas tous les jours. Il y avait une vraie complicité entre ces deux-là, et le respect était réciproque.

    Et il y avait des sourires partout...

    (Pour plus de photos, vous pouvez cliquer ici.)

  • Prochainement...

    ... sur cet écran...

    ERIC ANDERSEN à la Pomme d'Ève

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    le 12 juillet 2007
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    avec Stan Noubard Pacha et Inge Andersen...
    Stay tuned...
  • Eve's Apple, February 18, 2007 (part 2)

    Hayes & Mark croquent la Pomme 

    Voici donc où j'en étais ce dimanche (un vrai dimanche d'été sur Paris) vers 19H00. En fait, à 19H00, il faisait frisquet près de St Etienne du Mont et du Panthéon (à l'ombre duquel nous degustames une rapide collation).

    À vrai dire, ma curiosité m'avait, la veille, poussé à voir (et entendre) comment Hayes Carll sonnait sans orchestre. Et j'avais trouvé sur la toile un concert fort sympathique enregisté au Texas le 30 novembre dernier.

    (13 titres (Hayes seul à la guitare sur 8 d'entre eux et avec une discrète steel guitar pour les autres) parmi lesquels "I Don't Wanna Grow Up" de Tom Waits, "Worry B Gone" de Guy Clark, "Bill Morrissey Falls In Love At First Time" de Bill Morrissey, et puis bien sûr quelques compositions de Hayes dont le joyeux "Good Friends" ou le lancinant "Arkansas Blues".

    Ce que j'avais entendu me démontrait que les univers de Mark et Hayes avaient finalement beaucoup de convergences. Et ce que je vis (entendis) en arrivant à la Pomme un peu avant 19H00 le confirma. Personne en haut de l'escalier, mais le son de guitares (au pluriel) qui répétaient. Et Hervé monta pour l'accueil de ses invités et nous dit avec un grand sourire que les deux nouveaux compères allaient lui faciliter la tâche. Pas de problème de préséance, ils allaient chanter ensemble. Comment? C'était la surprise pour tout le monde.

    Au bas de l'escalier, se trouvent les toilettes, ce qui a son importance. En effet, attendant à la porte, j'en vis sortir un grand gaillard blond et barbu qui me salua gentiment. Et moi de lui répondre "Bonsoir Mister Carll". Regard surpris. Tiens, quelqu'un qui me connaît en France. Et moi: "I love your albums" (notez l'originalité de la réplique). Lui: "Oh! What's your name?". J'ai dû lui avouer que j'étais Français, la rencontre avec ses compatriotes serait pour plus tard. Puis vint dans le sens inverse un gaillard brun, aux cheveux plus longs, qui me dit, en Français "Bonjour". À quoi je repondis: "Bonsoir Monsieur Erelli" (toujours des répliques à la Audiard). Mais Mark ne sembla pas surpris que je le reconnaisse, il s'était déjà produit à la Pomme d'Ève en 2005 (à l'époque, je ne le connaissais pas encore). Ces deux garçons paraissaient en tout cas très simples et très sympathiques.

    Ce fut l'attente, un peu longue. Sur la scène, 2 chaises côte à côte, 2 guitares, 2 micros. Puis la salle se remplit peu à peu. Si l'on excepte Hervé, quelques piliers du club et nous, les francophones devaient se compter sur les doigts d'une main. Tant pis pour les autres, ils ont manqué un grand moment.

    Enfin, un peu après 20H30, ce fut l'introduction des 2 artistes, Hayes à gauche, Mark à droite. Ce dernier prit la parole en premier, et attaqua vite "Undone" extrait de "Hope & Other Casualties". À ce stade, deux constats: Hayes était à côté, attentif et se contentant de mimer des accords, et la guitare de Mark avait un son un peu bizarre (qui, si j'en crois Hervé, surprit même le preneur de son) – mais cela s'arrangea très vite. Le deuxième morceau fut pour Hayes (je ne l'ai pas identifié, et pour cause car il s'agit d'une nouvelle composition encore sans titre).

    medium_hayes-mark-05_small.jpgEt là, on comprit très vite que l'on passerait une grande soirée. D'abord parce que Hayes Carll, sur scène, confirme tous les espoirs qu'ont laissé naître ses disques. Et puis parce que Mark (qui mériterait le prix Nobel de la camaraderie) jouait sur ce morceau, comme il le fit pour les autres dans la soirée, le rôle d'un sideman du plus haut niveau. Pour ceux qui le connaissent un peu, ce n'est qu'un demi-suprise car c'est ainsi qu'il joue très régulièrement lorsqu'il tourne dans son pays natal. La soirée allait se dérouler ainsi, "in the round", i.e. chacun son tour.

    "Evening's Curtain", "Hey Baby Where You Been" puis Mark empoigna sa mandoline pour "Imaginary Wars" et la conserva pour accompagner Hayes sur "Bill Morrissey Falls In Love At First Time" de Bill Morrissey. Il y eut ensuite "Birches" et "Little Rock" (avec Mark à l'harmonica), un nouveau titre "Volunteers" que Mark annonça comme son prochain "MP3 of the month" (et un grand morceau dont le texte va sans doute faire plaisir à GWB).medium_mark-04_small.jpg

    Arriva la pause prise par les deux complices (on peut le dire) sur un morceau de Hayes "Wish I Hadn't Stayed So Long" (à ne pas prendre au premier degré, bien sûr). Dans la salle, au bar, ce fut un vrai moment de convivialité dans cette ambiance si particulière de la Pomme (sans tabac, ce serait encore mieux). La pause est aussi le moment pour les artistes de vendre quelques CD; Hayes l'annonça en faisant remarquer que contrairement à Mark, il n'en avait apporté qu'un ("Little Rock") et qu'il ne fallait pas oublier de l'acheter...

    Retour des désormais duettistes pour 4 titres chacun, toujours "in the round", un "Arkansas Blues" très Dylanesque répondant au percutant "Troubadour Blues".

    Puis ce fut le premier rappel ("Un titre chacun car nous n'avons pas eu le temps d'en apprendre un en commun"), et un second "encore" sur le même principe. Et la soirée s'acheva, pour Mark, sur "The Only Way" (titre post 11 septembre qui arracha les applaudissements des Américains présents) et, pour Hayes, sur "Rivertown" composé avec Guy Clark.

    Que dire de plus: que ce fut une grande soirée? Le mot est trop faible. Il y avait quelque chose d'exceptionnel dans ce concert. Deux types qui ne se connaissaient pas un semaine avant et qui s'entendent si bien sur scène, cela ne doit pas se produire tous les jours. Le mérite en revient principalement à Mark dont la "musicienneté" (© Quiet Man 2007) éclatait sur chaque morceau, qu'il seconde Carll à la guitare, à la mandoline, à l'harmonica ou aux harmonies vocales. Et l'on sentait la réelle admiration teintée de rconnaissance de Hayes qui comprenait bien la dimension supplémentaire apportée par Mark à des compositions qui en elles-mêmes volent déjà très haut.

    medium_hayes-01_small.jpgMais Hayes est de son côté un des plus grands talents à émerger du Texas, et bien au-delà, ces dernières années. Pour moi, il est déjà au niveau de John, Townes, Guy, Steve, Tom, Greg et les autres. Il ajoute en plus une certaine dose d'humour (mais il parle moins bien Anglais que Iain Matthews donc je n'ai pas tout compris) notamment lorsqu'il évoque l'architecture de la salle et dit que, s'il joue mal, il a peur d'être enfermé dans le donjon!

    Musicalement, les deux hommes se rejoignent sur de nombreux points et notamment en ce qui concerne les reprises. Ils ont la même admiration pour Bill Morrissey (qui va mieux, merci) dont ils ont interprété 3 titres. Hayes en est un fan depuis ses "college days" en Arkansas et Mark se souvient d'avoir reçu par la poste une cassette de Robert Earl Keen (Junior, a-t-il précisé), autre Texan, portant un T-Shirt à l'effigie de Bill. Et Mark a chanté "I'll Be Here In The Morning" du Texan Townes Van Zandt, un des "maîtres" de Hayes. Ils ont aussi des registres vocaux complémentaires et différents, ce qui a fait passer la soirée encore plus vite.

    Vous savez quoi? Ce fut une grande soirée de musique… Et, en prime, pour une fois, vous aurez droit à la liste des titres interprétés en ce dimanche soir, rien que pour vous faire regretter de n'avoir point été présents…

    Mark: "Undone" / Hayes: Nouvelle chanson, sans titre: "I hope you understand" (?) / Mark: "Evening's Curtain" / Hayes: "Hey Baby Where You Been" / Mark: "Imaginary Wars" avec  mandoline / Hayes: "Bill Morrissey Falls In Love At First Sight" (Bill Morrissey) avec Mark à la mandoline / Mark: "Birches" (Bill Morrissey) / Hayes: "Little Rock" avec Mark à l'harmonica / Mark: "Bend In The River" / Hayes: "Willing To Love Again" / Mark: "Volunteers" / Hayes: "Wish I Hadn't Stayed So Long".

    Break

    Mark: "River Road" / Hayes: "It's A Shame" / Mark: "Troubadour Blues" / Hayes: "Arkansas Blues" / Mark: "I'll Be Here In The Morning" (Townes Van Zandt) / Hayes: "Good Friends" / Mark: "Passing Through" / Hayes: "The Long Way Home"

    First Encore - Mark: "A Case Of You" (Joni Mitchell) / Hayes: "Live Free Or Die" (Bill Morrissey) avec SuperMark à la mandoline

    Second Encore - Mark: "The Only Way" / Hayes: "Rivertown"

  • La Pomme d'Ève, dimanche 18 février 2007 (première partie)

    Mark Erelli & Hayes Carll

     

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    10 jours après le passage de Iain Mathews, mous revoici dans le temple de la musique acoustique anglophone. Encore une soirée alléchante en perspective avec 2 artistes prometteurs de la nouvelle génération de la folk américaine. Ian (Iain) Matthews, je suis familier de sa musique depuis 35 ans.

    En revanche, Mark Erelli et (Joshua) Hayes Carll, je ne les connais respectivement que depuis juillet et août 2006. Ian, je l'avais découvert tout bêtement chez un disquaire après avoir lu des articles sur lui dans la presse musicale de l'époque. Sa reprise de "Woodstock" (de Joni Mitchell, que Crosby, Stills, Nash & Young avaient également interprétée) avait en effet été un grand succès de Matthews' Southern Comfort en Angleterre.

    Pour ses jeunes confrères, ce fut différent car désormais je fais mes emplettes musicales après avoir feuilleté le grand catalogue d'internet. Et de lien en lien, j'ai découvert tour à tour Jeffrey Foucault, Chris Smither, Mark Erelli et quelques autres, tous artistes d'une grande et même famille. Quant à Hayes Carll, j'avais aperçu son nom comme co-signataire d'un titre de Jack Ingram et, lorsqu'un lien à partir de Guy Clark me renvoya vers lui, j'eus envie de le connaître.

    Mark Erelli, né dans le Maine, j'en ai déjà parlé ici à 2 reprises: pour présenter ses 5 premiers albums dans une note intitulée "Aimons-les vivants", puis pour "Innocent When You Dream".

    Mais Mark Erelli, en plus d'être un guitariste, chanteur, auteur-compositeur de talent, est aussi quelqu'un qui aime faire partager son amour de la musique. Pour preuve, son site internet sur lequel il publie en début de chaque mois un "MP3 of the month". Plus de 60 titres ont déjà ainsi été mis en ligne depuis 2001 (on peut toujours les télécharger gratuitement) et, en plus de ses propres compositions dans des versions alternatives ou inédites, il reprend les auteurs qu'il aime, célèbres ou non. Ont déjà ainsi eu l'honneur d'une interprétation Markante: Jackson Browne, Doc Pomus & Mort Shuman, Nick Lowe, Bob Dylan, Bill Morrissey, Bruce Springsteen, Dave Carter, Chuck Berry, Cindy Walker, Roy Orbison, Gillian Welch & David Rawlings, John Hiatt, Townes Van Zandt, Joni Mitchell, Joni Cash, Patty Griffin, Jimmie Rodgers, Robbie Robertson, Hank Thompson, Ron Sexsmith, Marvin Gaye, Chris Smither, Willie Nelson, John Lennon & Paul McCartney, Hank Williams, Tom Waits, Richard Thompson, Neil Young, Bruce Cockburn…

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    Hayes Carll, lui, est Texan. Le Lone Star State a produit quelques uns des plus grands songwriters contemporains: Townes Van Zandt, Guy Clark, Steve Earle, Robert Earl Keen Jr. et bien d'autres encore. Disons-le tout de go, Hayes Carll appartient à cette noble confrérie. Quand on sait qu'il revendique en plus des influences telles que celle de Bob Dylan ou de John Prine, on sait qu'on a affaire à un sérieux client.

    Les 2 premiers albums de Mr. Carll le démontrent dès la première écoute. "Flowers And Liquor" (2002) contient 12 titres, pour la plupart enregistés avec un groupe, dont la reprise de "Live free or die" de Bill Morrissey. Certaines compositions le placent déjà au niveau de ses glorieux ainés: "Arkansas Blues", un des titres les plus dépouillés, vaut ce que Steve Earle a fait de mieux.

    La barre avait été placée haut après ce premier album mais"Little Rock" (2006) fait mieux que relever le défi. Il nous propose onze tites composés ou co-composés par Hayes Carll. En l'occurrence, il a pour camarades de jeu Ray Willie Hubbard (pour "Chickens") et Guy Clark (pour "Rivertown") venus co-composer un morceau avec lui. L'homme est aussi à l'aise dans les ballades que les morceaux plus enlevés; du blues au western swing, toute l'imagerie du songwriter texan est présente, et de belle manière!

    Et Hayes avait refusé l'offre d'un label qui lui proposait un contrat pour plusieurs albums préférant garder son indépendance artistique. Stetson bas, Mr. Carll.

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    La question que je me posais en arrivant était de savoir qui allait être la vedette de la soirée, entre ces artistes qui, de surcroît ne se connaissaient pas quelques jours avant. Une lecture attentive de Crossroads #51 (qui vient de paraître) m'avait en effet appris qu'ils n'étaient unis pour une mini-tournée européenne que pour des raisons commerciales, leurs disques étant distribués par le même label (Rounder Europe, qu'il faut citer) sur notre continent en ayant chacun seulement vaguement entendu parler de l'autre. Comment des artistes à la culture musicale a priori si différente (quoi que...) allaient-ils pouvoir cohabiter sans problème d'ego?

    Voici donc où j'en étais ce dimanche (un vrai dimanche d'été sur Paris) vers 19H00. La suite dans peu de temps…